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Université du Québec à Montréal et Réseau ORBICOM-UNESCO

Academia Global

Responses

In your opinion, what outcomes would make the first Global Dialogue on AI Governance a success?

Le succès du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA dépendra de sa capacité à dépasser les déclarations de principes pour établir des bases opérationnelles partagées. Trois résultats seraient déterminants. Premièrement, l'émergence d'un cadre commun de gouvernance capable d'articuler les dimensions techniques, sociales, éthiques et politiques de l'IA. Ce cadre devrait intégrer non seulement des normes et des principes, mais aussi des mécanismes concrets de médiation entre acteurs hétérogènes (États, entreprises, société civile, communautés scientifiques), afin de gérer les tensions inhérentes aux systèmes complexes. Deuxièmement, la mise en place d'un dispositif international expérimental — tel qu'un laboratoire ou un observatoire — permettant de tester, comparer et améliorer des approches de gouvernance en conditions réelles. Dans cette perspective, des initiatives comme le projet ORBICOM–CMIAG (Constitution mondiale de l'IAG) peuvent contribuer à structurer un espace de co-construction fondé sur la communication, la participation et le design systémique. Troisièmement, la reconnaissance explicite du déficit actuel de capacité de médiation à l'échelle globale. Les défis contemporains (désinformation, automatisation décisionnelle, polarisation) ne relèvent pas uniquement d'un manque de régulation, mais d'une difficulté collective à comprendre, relier et gouverner des transformations systémiques. Le Dialogue devrait ainsi initier le développement de cadres opérationnels de médiation — incluant des approches transdisciplinaires — permettant de relier les différents registres de connaissance, de valeurs et d'action. En somme, une réussite serait d'avoir posé les bases d'une gouvernance de l'IA comme processus dynamique, collectif et évolutif, capable d'accompagner la transformation des sociétés à l'ère de l'intelligence artificielle.

From your perspective, which of the following thematic areas identified by the General Assembly Resolution 79/325 for the AI Dialogue reflect your priorities for urgent action and active engagement?

  • Safe, secure and trustworthy AI
  • Interoperability of governance approaches
  • Social, economic, ethical, cultural, linguistic and technical implications of AI
  • Transparency, accountability, and human oversight

Please briefly explain your selection.

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Ces priorités reflètent la nécessité d'aborder la gouvernance de l'IA comme un système intégré. La sécurité et la fiabilité de l'IA constituent une condition fondamentale, mais elles ne peuvent être garanties uniquement par des approches techniques. Elles dépendent également de la capacité des sociétés à comprendre et encadrer les effets systémiques de ces technologies. Les implications sociales, culturelles et économiques sont au cœur des transformations en cours. L'IA reconfigure les structures de communication, les modes de production de connaissance et les dynamiques de pouvoir. Une gouvernance pertinente doit donc intégrer ces dimensions de manière explicite et continue. La compatibilité des approches de gouvernance est essentielle dans un contexte de fragmentation géopolitique. Sans interopérabilité des cadres normatifs et institutionnels, les risques de divergence, de compétition et d'inefficacité augmentent. Le Dialogue mondial doit favoriser des convergences pragmatiques entre modèles. Enfin, la transparence, la responsabilité et la supervision humaine sont des conditions indispensables pour maintenir la confiance et la légitimité. Elles impliquent toutefois plus qu'un simple contrôle : elles nécessitent des mécanismes de compréhension partagée et de délibération collective. Ces quatre priorités convergent vers un enjeu central : le développement de capacités de gouvernance capables de relier les dimensions techniques et humaines de l'IA dans une perspective systémique et évolutive.

In your opinion, are there any cross-cutting or emerging issues not captured by the listed themes above? If so, please explain.

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Oui. Un enjeu transversal majeur reste insuffisamment pris en compte : la capacité de médiation opérationnelle au sein des systèmes complexes. Les cadres actuels de gouvernance abordent principalement des dimensions normatives (éthique, droits, sécurité), mais ils ne traitent pas suffisamment des processus permettant de relier concrètement des perspectives divergentes - scientifiques, politiques, culturelles ou économiques. Or, dans un contexte marqué par la complexité et l'incertitude, la gouvernance dépend de cette capacité à construire du sens commun et à coordonner l'action. Un second enjeu concerne la transformation des environnements informationnels. L'IA accélère la production, la circulation et la manipulation de l'information, ce qui affecte la cognition individuelle et collective. La question de l'autonomie cognitive et de la qualité des processus délibératifs devient centrale, mais reste encore marginale dans les cadres proposés. Enfin, un enjeu émergent réside dans la co-évolution des systèmes humains, technologiques et naturels. L'IA ne peut plus être pensée isolément : elle s'inscrit dans des écosystèmes complexes où interagissent infrastructures numériques, sociétés humaines et environnements biophysiques. Cela appelle une approche intégrée, capable d'articuler durabilité, gouvernance et innovation. Ces enjeux suggèrent que la gouvernance de l'IA doit évoluer vers une approche plus systémique, transdisciplinaire et orientée vers la médiation, afin de répondre aux défis du XXIe siècle.

How are the governance gaps and related developments/advances in the thematic areas you selected above affecting your country, region, or sector? Please highlight the most significant challenges.

Dans le contexte canadien et plus largement francophone, les lacunes actuelles en matière de gouvernance de l'IA se manifestent principalement par un décalage entre la rapidité des avancées technologiques et la capacité des institutions à en encadrer les impacts de manière cohérente et intégrée. Parmi les défis majeurs, on observe une fragmentation des approches de gouvernance entre juridictions, secteurs et disciplines. Cette fragmentation limite la capacité à développer des standards communs, notamment en matière de transparence, de responsabilité et de supervision humaine. Elle accentue également les asymétries entre acteurs publics et privés, ces derniers disposant souvent de capacités techniques et décisionnelles supérieures. Un second défi concerne l'environnement informationnel. L'accélération de la production et de la circulation de contenus générés par l'IA contribue à la désinformation, à la polarisation et à l'érosion de l'autonomie cognitive. Cela affecte directement les processus démocratiques, les dynamiques sociales et la confiance institutionnelle. Toutefois, ces défis s'accompagnent d'opportunités significatives. Le Canada et les réseaux francophones disposent d'une expertise reconnue en intelligence artificielle, en éthique et en sciences de la communication, qui peut contribuer à l'élaboration de modèles de gouvernance plus inclusifs et interdisciplinaires. Des initiatives collaboratives, telles que celles portées par des réseaux internationaux de recherche et de coopération, offrent un potentiel important pour expérimenter des approches innovantes, fondées sur la participation, la délibération et le design systémique. Ces approches peuvent permettre de mieux articuler les dimensions techniques et sociales de l'IA, tout en renforçant la capacité collective à anticiper et orienter ses impacts. En somme, la situation actuelle met en évidence un enjeu central : transformer les lacunes de gouvernance en opportunités de co-construction de cadres plus robustes, adaptatifs et ancrés dans les réalités sociales et culturelles.

What role can the AI Dialogue play in advancing international cooperation on AI governance?

Le Dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA peut jouer un rôle structurant en devenant une interface de médiation internationale entre des approches aujourd'hui fragmentées — techniques, juridiques, culturelles et géopolitiques. Premièrement, il peut servir de plateforme de convergence permettant d'aligner des visions divergentes sans chercher à les uniformiser. Dans un contexte de pluralité normative, l'enjeu n'est pas l'uniformité, mais l'interopérabilité. Le Dialogue peut faciliter la construction de référentiels communs, fondés sur des principes partagés, tout en respectant les contextes locaux. Deuxièmement, il peut agir comme un espace de co-construction transdisciplinaire, réunissant États, organisations internationales, chercheurs, secteur privé et société civile. Cette approche multi-acteurs est essentielle pour traiter les enjeux systémiques de l'IA, qui dépassent les cadres institutionnels traditionnels. Troisièmement, le Dialogue peut contribuer à renforcer les capacités de gouvernance collective, notamment en soutenant des mécanismes de délibération structurée, de partage de connaissances et d'expérimentation. Il pourrait, par exemple, favoriser le développement de méthodologies communes permettant d'articuler les dimensions techniques et humaines de l'IA. Enfin, le Dialogue peut jouer un rôle de catalyseur politique et symbolique, en reconnaissant que la gouvernance de l'IA constitue un enjeu global nécessitant une coopération renforcée. Il peut ainsi contribuer à faire émerger une vision partagée de l'IA comme bien commun, orientée vers des objectifs de durabilité, d'inclusion et de paix. En somme, sa valeur réside dans sa capacité à transformer la coopération internationale d'un principe abstrait en un processus opérationnel, continu et structuré.

What are some of the existing initiatives, partnerships, or mechanisms that the AI Dialogue should build upon or connect with, and what added value could the AI Dialogue bring?

Le Dialogue IA devrait s'appuyer sur un écosystème déjà riche d'initiatives internationales, tout en jouant un rôle d'intégration et de coordination. Parmi les mécanismes pertinents figurent les travaux des Nations Unies en matière de gouvernance numérique, les initiatives de l'UNESCO sur l'éthique de l'IA, les principes de l'OCDE, ainsi que les efforts du Partnership on AI et du Global Partnership on AI. Ces cadres offrent des bases normatives et opérationnelles importantes. Il est également essentiel de mobiliser des réseaux académiques et collaboratifs, tels que ORBICOM, qui développent des approches centrées sur la communication, la participation et le design des systèmes sociaux. Des initiatives émergentes, comme les plateformes de délibération assistée par l'IA (ex. modèles inspirés des travaux de type "Habermas Machine"), peuvent également enrichir les processus de gouvernance. La valeur ajoutée du Dialogue IA réside dans sa capacité à connecter ces initiatives entre elles, en évitant la duplication et en favorisant les synergies. Il peut agir comme un méta-niveau de coordination, permettant de relier des efforts souvent dispersés. De plus, le Dialogue peut contribuer à combler un manque actuel : l'absence de mécanismes opérationnels de médiation entre ces différentes initiatives. En facilitant l'expérimentation de cadres communs, en soutenant des observatoires internationaux et en encourageant des projets pilotes collaboratifs, il peut transformer des principes existants en pratiques concrètes. Ainsi, le Dialogue IA ne doit pas remplacer les initiatives existantes, mais les articuler dans une dynamique cohérente, évolutive et orientée vers l'action.

How can different stakeholders contribute to the AI Dialogue? Please share recommendations for the format and structure of the AI Dialogue.

Les différentes parties prenantes — États, organisations internationales, secteur privé, monde académique et société civile — peuvent contribuer efficacement au Dialogue IA si celui-ci est structuré comme un processus continu de co-construction, plutôt qu'un événement ponctuel. Chaque acteur doit être mobilisé selon ses capacités spécifiques : les États pour l'élaboration de cadres normatifs, les entreprises pour l'innovation technologique, les chercheurs pour l'analyse critique et la production de connaissances, et la société civile pour l'ancrage démocratique et les retours d'usage. Toutefois, leur contribution nécessite des mécanismes explicites de coordination et de médiation. Sur le plan du format, il est recommandé d'adopter une architecture en trois niveaux : (1) des sessions plénières pour définir les grandes orientations, (2) des groupes de travail thématiques multi-acteurs pour approfondir les enjeux, (3) des laboratoires d'expérimentation permettant de tester concrètement des approches de gouvernance. Sur le plan structurel, le Dialogue devrait intégrer des méthodologies de délibération structurée, favorisant l'expression, la clarification et la mise en relation des points de vue. Il est également essentiel d'assurer une boucle de rétroaction continue, permettant d'ajuster les travaux en fonction des apprentissages collectifs. Enfin, la contribution des parties prenantes doit être soutenue par des outils numériques facilitant la participation à distance, la transparence des échanges et la capitalisation des connaissances. En somme, le Dialogue IA doit être conçu comme une infrastructure de gouvernance participative, capable de transformer la diversité des contributions en intelligence collective opérationnelle.

Which voices, communities, or perspectives are currently underrepresented in global discussions on AI governance? How could they be included?

Plusieurs voix demeurent sous-représentées dans les discussions mondiales sur la gouvernance de l'IA. Premièrement, les communautés du Sud global, qui sont pourtant fortement impactées par les technologies d'IA, mais disposent de capacités limitées pour influencer les cadres de gouvernance. Leur inclusion nécessite des mécanismes de soutien, tels que le financement de la participation, le renforcement des capacités et l'adaptation linguistique. Deuxièmement, les disciplines des sciences humaines et sociales, notamment les sciences de la communication, qui jouent un rôle clé dans la compréhension des dynamiques informationnelles, culturelles et sociales de l'IA. Leur intégration permettrait d'enrichir des approches souvent dominées par des perspectives techniques. Troisièmement, les communautés locales et les citoyens, dont les expériences concrètes de l'IA restent peu prises en compte. Une gouvernance légitime doit intégrer ces perspectives, notamment à travers des dispositifs participatifs et délibératifs. Enfin, certaines dimensions culturelles et linguistiques sont encore marginalisées, ce qui limite la diversité des représentations et des valeurs prises en compte dans la gouvernance. Pour favoriser leur inclusion, il est nécessaire de mettre en place des formats accessibles et multilingues, de soutenir des réseaux intermédiaires (universités, ONG, plateformes collaboratives) et de développer des méthodologies permettant de traduire des expériences locales en contributions globales. Ainsi, l'enjeu n'est pas seulement d'élargir la participation, mais de reconnaître et intégrer la diversité des formes de connaissance et d'expérience dans les processus de gouvernance.

What innovative engagement formats could most effectively foster meaningful and dynamic engagement during the AI Dialogue?

Pour favoriser un engagement significatif et dynamique, le Dialogue IA devrait intégrer des formats innovants combinant délibération, expérimentation et intelligence collective. Parmi les formats prometteurs, les processus de délibération structurée assistés par l'IA permettent de clarifier les enjeux complexes, d'identifier des convergences et de construire des consensus éclairés. Ces approches, inspirées de traditions de design dialogique, peuvent être renforcées par des outils numériques facilitant la visualisation et l'analyse des contributions. Les laboratoires vivants (living labs) constituent également un format pertinent, en permettant de tester des solutions de gouvernance dans des contextes réels, avec la participation directe des acteurs concernés. Ils favorisent l'apprentissage collectif et l'adaptation des approches. Les plateformes numériques collaboratives peuvent soutenir une participation élargie et continue, en offrant des espaces d'échange ouverts, transparents et traçables. Elles permettent de dépasser les contraintes géographiques et temporelles. Enfin, des formats hybrides combinant présentiel et дистанциel (hybride) peuvent renforcer l'inclusivité et la diversité des contributions. Ces formats doivent être conçus non seulement comme des outils de consultation, mais comme des mécanismes de co-production de la gouvernance, capables de transformer les interactions en résultats concrets. En intégrant ces approches, le Dialogue IA peut devenir un espace d'innovation institutionnelle, à la hauteur des défis posés par l'intelligence artificielle.

Please share examples of policies, practices, platforms, or approaches that promote effective AI governance or offer concrete solutions to addressing its challenges.

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Plusieurs initiatives offrent des exemples pertinents de gouvernance de l'IA, tout en révélant la nécessité de mieux les articuler entre elles. Au niveau normatif, les recommandations de l'UNESCO sur l'éthique de l'IA et les principes de l'OCDE constituent des bases essentielles pour encadrer des systèmes fiables, responsables et respectueux des droits humains. Toutefois, leur mise en œuvre reste fragmentée. Dans ce contexte, la proposition de "Loi Zéro" formulée par Yoshua Bengio apporte une contribution structurante : elle stipule que les systèmes d'IA ne doivent pas causer de préjudice grave à l'humanité, posant ainsi un principe fondamental de sûreté à partir duquel peuvent s'articuler des politiques plus spécifiques. Cette approche offre un point d'ancrage clair pour aligner les développements technologiques avec l'intérêt collectif. Sur le plan des pratiques, des initiatives comme le Global Partnership on AI et le Partnership on AI illustrent l'importance des approches multi-acteurs. Par ailleurs, des plateformes de délibération assistée par l'IA montrent comment ces technologies peuvent soutenir des processus décisionnels plus inclusifs et éclairés. Enfin, des approches émergentes portées par des réseaux comme ORBICOM mettent l'accent sur la co-construction, la médiation, la communication et le design systémique, afin de relier principes, pratiques et expérimentations. Leur Colloque annuel de Montréal, QC, Canada qui se tiendra en octobre prochain constituera une excellente plateforme de lancement d'initiatives en info-communication dans un contexte international . La principale leçon est qu'une gouvernance efficace nécessite une intégration dynamique entre principes fondamentaux (comme la Loi Zéro), cadres normatifs et dispositifs opérationnels. Le Dialogue IA peut jouer un rôle clé en facilitant cette articulation et en transformant ces approches en capacités concrètes de gouvernance à l'échelle globale.